Les Grecs en Afrique du Nord

Les Amazones libyennes, entre mythe et histoire

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Les Amazones sont un peuple de femmes guerrières, aussi fortes et aussi douées à cheval et au combat que les hommes. Leur société était entièrement féminine : elles ne rencontraient des hommes qu’occasionnellement, pour se reproduire, puis élevaient leurs filles selon leurs coutumes, mais tuaient les garçons. Les Amazones apparaissent dans plusieurs mythes grecs, comme les Travaux d’Hercule, les Argonautiques et l’Iliade. Il y avait deux principaux groupes d’Amazones : l’un vivait en Libye, l’autre en Asie mineure. Dans cet article, nous découvrirons le mythe des Amazones libyennes, ainsi que ses origines historiques.

Origines

D’après la mythologie, la première reine des Amazones, Otréré, a eu une liaison avec Arès, le dieu de la guerre. Leurs filles Hippolyte et Penthésilée sont devenues les deux plus grandes reines des Amazones.

Le nom des Amazones n’est pas d’origine grecque. Une étymologie populaire grecque le fait venir de amazos (ἀμαζός), « sans poitrine ». En effet, on pensait que les Amazones se coupaient ou se brûlaient le sein droit, afin de ne pas être gênées en tirant à l’arc. Cette idée est fausse : sur toutes les représentations plus anciennes des Amazones, on les voit avec deux seins (souvent l’un couvert et l’autre découvert). Une origine plus plausible du nom est le terme persan ha-mazan, « guerriers ».

Dans la mythologie

Un des douze travaux d’Hercule a été de s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones. Le vol de la ceinture est clairement symbolique de la prise de la virginité : Hercule doit conquérir sexuellement la reine des Amazones, la femme la plus inaccessible aux hommes.

D’après la version la plus courante de ce mythe, Hippolyte était tellement impressionnée par Hercule qu’elle a d’abord accepté de lui donner sa ceinture de son plein gré ; mais les Amazones, qui croyaient qu’il voulait enlever leur reine, ont attaqué son bateau. Alors, Hercule, se croyant trahi, a tué Hippolyte et lui a enlevé sa ceinture alors qu’elle était déjà morte.

D’après un autre mythe, Hippolyte a été enlevée par Thésée, roi d’Athènes, qui l’a forcée à l’épouser et a eu un fils d’elle. Les Amazones ont ensuite envahi la Grèce pour la libérer. Une version plus tardive, qui vise à réconcilier ce mythe avec le précédent, raconte que c’est Antiope, la sœur d’Hippolyte, qui a été enlevée.

Penthésilée, la sœur d’Hippolyte, qui lui a succédé comme reine, a par la suite participé à la guerre de Troie, aux côtés des Troyens. Elle a été tuée par Achille, le plus grand guerrier grec, en combat singulier. Après sa mort, Achille, voyant sa beauté, a regretté de l’avoir tuée.

Les Amazones libyennes vivaient sur l’île d’Hespéra, dans le Lac Triton (probablement le Chott el-Jerid, en Tunisie actuelle). Leur reine s’appelait Myrina. L’Iliade mentionne son tombeau, près de la ville de Troie. Cela pose évidemment un problème de chronologie : si Myrina était déjà morte et enterrée au moment de la guerre de Troie, elle devait avoir vécu bien avant Penthésilée, qui a participé à cette guerre.

La réinterprétation historique

Des auteurs grecs plus tardifs ont cherché à réinterpréter leurs anciens mythes, afin de leur donner une origine historique. En partant du problème chronologique mentionné ci-dessus, ils ont pensé que les Amazones libyennes étaient plus anciennes que celles d’Asie mineure, et qu’elles étaient peut-être même les ancêtres de celles-ci.

Un de ces auteurs, Diodore de Sicile, donne une description détaillée de la société des Amazones libyennes. C’est une société matriarcale : la vie publique est le domaine des femmes, tandis que les hommes s’occupent du foyer. Les femmes font un service militaire de plusieurs années, pendant lequel elles doivent garder leur virginité. Ensuite, elles se marient et ont des enfants, qu’elles confient aux hommes. Les seins des petites filles sont brûlés dès leur enfance, pour les empêcher de se développer. Les femmes qui ont terminé leur service militaire peuvent exercer des fonctions publiques. Les hommes, eux, passent toute leur vie dans leur foyer, où ils s’occupent des tâches domestiques et élèvent les enfants. Cette description est une inversion des rôles masculins et féminins dans la société grecque.

Toujours selon Diodore de Sicile, Myrina, la reine des Amazones libyennes, a mené une campagne militaire, d’abord en Libye, contre d’autres peuples de la région. Ensuite, après avoir établi un traité de paix avec l’Egypte, elle a conquis la Syrie, l’Arabie et la Cilicie, puis envahi l’Asie mineure, où elle a construit plusieurs villes. Elle a finalement été vaincue et tuée par Mopsus, le fils du roi de Thrace.

Le récit de Diodore de Sicile n’est pas strictement historique : il cherche à donner une réinterprétation historique des anciens mythes grecs.

Des origines historiques

S’il n’y a certainement jamais eu dans l’histoire de civilisation entièrement féminine, le mythe des Amazones est probablement inspiré des femmes guerrières d’autres peuples, que les Grecs ont rencontrées au combat. Les Scythes, notamment, avaient des femmes guerrières à cheval.

En Libye, les femmes de certaines tribus amazighes participaient aux combats. Chez les Machlyès, notamment, les femmes conduisaient les chars de guerre. D’après l’historien grec Hérodote, tous les ans, les jeunes femmes Machlyès affrontaient celles d’une tribu voisine, lors de batailles rituelles, avec des bâtons et des pierres. De telles batailles rituelles avaient encore lieu au début du 20° Siècle, entre les femmes de certaines tribus amazighes.

Chez les Amazighs, une femme pouvait être cheffe de tribu ou de confédération. L’exemple le plus connu est celui de la fameuse Dihya (Kahina), reine des Aurès, qui a mené la résistance contre les conquérants arabes. On retrouve cette tradition matriarcale encore aujourd’hui, chez les Touaregs du Sahara.

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