Les Juifs en Afrique du Nord

Un peuple errant : les Juifs en Afrique du Nord

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Dès l’Antiquité et, surtout, pendant l’ère romaine, un peuple mystérieux, originaire de Palestine, est venu s’installer dans les villes et villages d’Afrique du Nord. Ce peuple était différent de tous les autres peuples que les autochtones Amazighs connaissaient : il n’a jamais cherché à les dominer, mais il leur parlait d’un Dieu unique, Créateur du monde et de tout ce qu’ils contient… un message encore tout à fait nouveau pour eux.

La synagogue El-Ghriba de Djerba, la plus ancienne synagogue en Afrique du Nord

La plus ancienne communauté juive en Afrique du Nord est certainement celle de l’île de Djerba, en Tunisie. D’après la tradition, au moment de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens, en 586 avant notre ère, le dernier grand-prêtre aurait fui la ville en emportant avec lui une porte du Temple de Salomon, qui est aujourd’hui intégrée à la synagogue de la Ghriba.

Il est possible que des Juifs se soient installés ailleurs en Afrique du Nord dès cette époque, ou même déjà avant (peut-être à bord des navires phéniciens, étant donnée la proximité entre leur terre d’origine et la Phénicie), même si aucun vestige archéologique ne subsiste, en dehors de Djerba. À l’ère punique, il y avait de petites communautés juives à Carthage et dans d’autres villes puniques.

Lampe en forme de menorah, Volubilis

La plus ancienne communauté juive documentée au Maroc actuel est celle d’Ifrane Atlas-Sghir, dans la province de Guelmim, qui remonte à l’an -361. Si ces Juifs sont parvenus si loin vers le Sud, ils étaient forcément présents aussi plus au Nord. Les plus anciennes inscriptions attestant d’une présence juive à Volubilis remontent au 2° Siècle avant notre ère ; la synagogue de la ville a été construite à l’ère romaine, au 3° Siècle de notre ère.

La présence juive en Afrique du Nord a pris de l’ampleur surtout vers la fin du 4° Siècle avant notre ère, après l’invasion de la Judée par l’Égypte des Ptolémée. Beaucoup de Juifs ont été déportés en Alexandrie et dans toute l’Égypte, d’autres les ont suivis comme migrants économiques. Vers -312, Ptolémee Ier Soter a aussi installé des Juifs en Cyrénaïque. Certains d’entre eux ont continué plus à l’Ouest, jusqu’à Carthage et au-delà.

Vers -150, une vague de persécution des Juifs de Cyrène a poussé un certain nombre d’entre eux à fuir au Maroc actuel. Arrivés à Tingis (Tanger) par la mer, ils se sont installés dans les montagnes du Rif et de l’Atlas. La communauté juive de Cyrénaïque a continué à prospérer : des inscriptions, notamment à Bérénice (Benghazi), font état de communautés riches, bien établies et influentes.

Par la suite, d’autres Juifs se sont installés dans toute l’Afrique du Nord romaine, après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, puis après la révolte de Bar Kokhba, en 135.

Juifs Amazighs de l’Atlas

La plupart des Juifs installés en Afrique du Nord étaient des réfugiés, exilés de la terre de leurs ancêtres. Les derniers arrivants, surtout, n’avaient que peu de sympathie pour les Romains, qui avaient détruit leur Temple et les avaient chassés de leur patrie… un sort qui ne pouvait que susciter la solidarité des tribus amazighes au milieu desquels ils s’installaient, qui souffraient également sous le joug romain. En même temps, les villages qui les accueillaient profitaient du savoir-faire qu’ils avaient acquis en vivant auprès d’autres civilisations plus avancées. Surtout, les Amazighs étaient impressionnés par leur foi profonde.

Un certain nombre de tribus amazighes se sont converties au judaïsme, surtout après la fin de la domination romaine. On trouve des traces de « Juifs Amazighs », à la fois d’origine palestinienne et convertis, jusque dans le Sahara. La religion de la fameuse Dihya (Kahina), la reine des Aurès qui a mené la résistance contre les conquérants Arabes, est débattue : selon certaines sources, elle était issue d’une tribu amazighe judaïsée, tandis que d’autres sources affirment qu’elle était chrétienne ; il est possible aussi que sa tribu se soit d’abord convertie au judaïsme, puis au christianisme.

Ancien drapeau de l’Empire chérifien, avec l’étoile de David

Après les conquêtes arabo-musulmanes, les Juifs nord-africains sont demeurés une composante importante de la société nord-africaine. Ils sont devenus encore plus nombreux au Moyen-Âge, avec l’arrivée de Juifs expulsés d’Espagne. Leur nombre a beaucoup diminué au 20° Siècle, par émigration : ils ne sont plus qu’environ 2000 au Maroc, entre 1000 et 2000 en Tunisie, environ 200 en Algérie, et ont pratiquement disparu en Libye. Indépendamment des questions géopolitiques contemporaines, leur contribution aux sociétés nord-africaines est indéniable.

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